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Un réformateur américainEn plus d’une
constitution robuste, le jeune Miller posséda dès son enfance une intelligence
sensiblement au-dessus de la moyenne. Sa soif de connaissance, son amour De
sa mère, profondément pieuse, il reçut dans son jeune âge une empreinte qui
devait s’atténuer lorsqu’il entra, plus tard, en relation avec des déistes,
pour la plupart respectables, humains et généreux. Ceux-ci, élevés dans des
institutions chrétiennes, et redevables à la Parole de Dieu du respect et de
la confiance dont ils jouissaient, en étaient cependant venus à combattre la
Bible. En leur compagnie, Miller avait fini par adopter leurs opinions.
L’interprétation populaire des saintes Ecritures présentait des difficultés
qui lui paraissaient insurmontables. D’autre part, ses nouvelles croyances,
qui faisaient table rase de l’Evangile, ne lui offraient rien de meilleur et
ne lui donnaient aucune assu-rance de bonheur au-delà de la tombe. Aussi était-il
loin d’en être satisfait et l’avenir lui paraissait-il enveloppé de
sombres nuages. Miller était resté douze ans dans ces senti-ments, quand,
arrivé à l’âge de trente-quatre ans, il fut convaincu de péché par le
Saint-Esprit. Voici comment il raconta plus tard les luttes morales qu’il
affronta alors : “
La perspective de l’anéantissement avait pour moi quelque chose de lugubre et
de glacial, tandis que celle d’un jugement futur équivalait à la perdition
certaine de tous Miller
demeura quelques mois dans cet état. “ Soudain, dit-il, la pensée d’un
Sauveur se présenta vivement à mon esprit. Il me sembla comprendre qu’il
existait un Etre assez bon et compatissant pour faire lui-même l’expiation de
nos transgressions et porter la peine de nos péchés. Je sentis aussitôt
combien un tel Etre serait aimable, et il me parut que je pourrais sans hésitation
me jeter dans ses brar et me confier en sa miséricorde. Constatant d’ailleurs
qu’en dehors des saintes Ecritures je ne trouverais aucune preuve ni de
l’existence de ce Sauveur, ni de la vie à venir, j’en commençai l’étude. ”
Voyant que les Ecritures nous révèlent exactement le Sauveur dont j’avais
besoin, je me demandai, avec un certain embarras, comment un livre non inspiré
pouvait présenter des principes si bien adaptés aux besoins de l’homme déchu,
et je fus obligé d’admettre que la Bible devait être inspirée de Dieu. Ce
livre devint mes délices et Jésus, mon unique et meilleur ami, mon Sauveur,
celui “ qui se distingue entre dix mille ” Les saintes Ecritures,qui
auparavant me paraissaient obscures et contradictoires, furent désormais Miller
fit une profession publique de sa foi en une religion qu’il avait méprisée,
Ses amis incrédules ne se firent pas faute de lui servir tous les arguments
qu’il avait lui-même souvent avancés contre l’autorité des saintes
Ecritures.Ne se trouvant pas alors en état de les réfuter, il se dit que si ce
Livre est une révélation divine, il doit s’expliquer lui-même et être
adapté à l’intelligence de l’homme. En conséquence, il prit la résolution
de l’étudier par lui-même et de s’assurer si ces contradictions étaient réelles
ou seulement apparentes. S’efforçant
d’abandonner toute idée préconçue et se passant de commentaires, il se mit
à comparer les textes entre eux à l’aide des références marginales et
d’une “ concordance ”. Commençant
par la Genèse, il poursuivit méthodiquement cette étude, verset après
verset, ne quittant un passage qu’après en avoir clairement saisi le sens.
Quand L’intérêt
de Miller s’accrut encore quand il aborda l’étude des livres de Daniel et
de l’Apocalypse. En leur appliquant les mêmes principes d’interprétation
qu’aux autres livres de l’Ecriture, il ne tarda pas à découvrir, à sa
grande joie, que les symboles prophétiques étaient intelligibles. Il vit que
les prophéties s’accomplissaient littéralement et que toutes les figures, métaphores,
paraboles et similitudes, si elles n’étaient pas expliquées dans le
contexte, trouvaient ailleurs leur définition en termes propres. “ Je pus me
convaincre, remarque-t-il, que la Bible est un système de vérités si
clairement révélées et si simplement exposées que l’homme craignant Dieu,
fût-il un ignorant, ne peut s’y tromper. ” (S.Bliss, ouv. cité, p. 70.)
Alors qu’il suivait l’une après l’autre, à travers l’histoire, les
grandes chaînes prophétiques, leurs accomplissements, se découvrant à ses
yeux, venaient récompenser ses efforts. Les anges de Dieu dirigeaient son
esprit et lui donnaient l’intelligence des Ecritures. En
étudiant les prophéties dont l’accomplissement est encore futur, Miller ne
tarda pas à être persuadé que l’idée populaire qui place avant la fin du
monde un règne spirituel L’Eglise
apostolique n’a pas connu la doctrine de la conversion du monde et d’un règne
spirituel du Christ avant son retour en gloire. Ce dogme n’a été adopté par
les Miller
vit que les Ecritures enseignent formellement le retour personnel et visible de
JésusChrist. Saint Paul écrit : “ Le Seigneur lui-même, à un signal donné,
à la voix Alors
les justes décédés ressusciteront et les justes vivants seront changés. “
Nous ne mourrons pas tous, dit l’apôtre, mais tous nous serons changés, en
un instant, en un clin d’œil, à la dernière trompette. La trompette
sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés.
Car il faut que ce corps corruptible revête Ce
n’est qu’à la venue personnelle de Jésus que ses disciples recevront le
royaume, comme le prouvent ces paroles du Sauveur : “ Lorsque le Fils de
l’homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s’assiéra sur le trône
de sa gloire. Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les
uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs ;
et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le roi
dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon
Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la
fondation du monde. ” Dans
les passages cités, Miller apprit qu’à la venue du Fils de l’homme, les
morts ressusciteront incorruptibles, et que les vivants seront changés. En
effet, comme le dit Ces
passages et d’autres encore convainquirent Miller que des événements généralement
placés avant la venue du Sauveur, tels qu’un règne universel de paix et l’établissement “
Une autre preuve qui fut pour moi d’un grand poids, écrivait-il, c’est la
chronologie des Ecritures. … Je découvris que des événements prédits et
accomplis se sont souvent produits dans un temps déterminé. Ainsi, les cent
vingt ans du déluge (Gen. 6 : 3) ; les sept jours qui devaient le précéder,
de même que les quarante jours de pluie (Gen. Aussi,
lorsqu’en étudiant les Ecritures Miller trouva des périodes dont il était
convaincu qu’elles aboutissaient au retour du Seigneur, il ne put s’empêcher
de les considérer comme marquant les “ temps annoncés d’avance par la
bouche de tous ses prophètes ” . “
Les choses cachées sont à l’Eterne1, notre Dieu ; les choses révélées
sont à nous et à “
Pleinement convaincu comme je l’étais, écrit Miller, que toutes les
Ecritures inspirées de Dieu sont utiles ; qu’elles ne sont pas le produit de
la volonté de l’homme, mais que La
prophétie qui lui parut révéler le plus nettement le temps de la venue du
Seigneur était celle du prophète Daniel (chapitre 8 ; verset 14) : “ Deux
mille trois cents soirs et matins ; puis le sanctuaire sera purifié. ”
Prenant, suivant sa règle, les Ecritures comme leur
propre interprète, Miller apprit que, dans la prophétie symbolique, un
jour représente une année, (Nombres 14 : 34 ; Ezéchiel 4 : 6 ), et qu’ainsi
la période des deux mille trois cents jours
prophétiques s’étendait bien au-delà de la fin de la dispensation
judaïque et ne pouvait s’appliquer au sanctuaire de cette dispensation.
Adoptant l’idée généralement reçue que notre terre était le sanctuaire de
la dispensation chrétienne, Miller en conclut que la purification du sanctuaire
prédite par Daniel n’était autre que l’embrasement de notre globe à
l’apparition du Seigneur. Ensuite, il réfléchit que s’il lui était
possible de déterminer le point de départ de la période des deux mille trois
cents jours, rien ne serait plus aisé que de trouver la date du retour du
Seigneur. Ainsi serait révélée l’heure du grand dénouement, celle où la
société actuelle, “ avec son orgueil et sa puissance, sa pompe et sa vanité,
sa méchanceté et son oppression, prendra fin ” , l’heure où la terre sera
enfin affranchie “ de la malédiction sous le poids de laquelle elle gémit ;
où la mort sera détruite ; où les serviteurs de Dieu recevront leur récompense,
aussi bien que les prophètes et les saints et ceux qui craignent le nom de
Dieu, et où seront détruits ceux qui détruisent la terre.” (Bliss, ouv. cité,
p. 76.) Poursuivant
l’étude de cette prophétie avec un redoublement de ferveur, y consacrant non
seulement ses journées, mais encore des nuits entières, il constata d’abord
que le point de départ des deux mille trois cents soirs et matins ne se
trouvait pas dans le huitième chapitre de Daniel. Bien que l’ange Gabriel eût
reçu ordre d’expliquer la vision à Daniel, il ne s’était que
partiellement acquitté de sa mission ; devant le tableau des terribles persécutions
qui attendaient l’Eglise, le prophète avait senti ses forces le trahir et
n’avait pu en supporter davantage ; l’ange l’avait donc quitté pour un
temps. “ Je fus plusieurs jours languissant et malade, raconte Daniel. J’étais
étonné de la vision, et personne n’en eut connaissance. ” Cependant,
l’ordre de Dieu à son messager subsistant : “ Explique-lui la vision ” ,
l’ange, pour s’en acquitter, était retourné auprès de Daniel et l’avait
abordé ainsi : “ Je suis venu maintenant pour ouvrir ton intelligence.
…Sois attentif à la parole, et comprends la “
Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta ville
sainte. … Sache donc et comprends : Depuis la sortie d’une parole ordonnant
de rebâtir Jérusalem jusqu’à un oint, un chef, il y a sept semaines, et
soixante-deux semaines ; elle sera rétablie, places et enceintes, dans la détresse
des temps. Et après soixante-deux semaines, un oint sera retranché, et
personne pour lui. … Il [ce chef] fera une alliance ferme avec un grand nombre
pendant une semaine ; et, au milieu de la semaine, il fera cesser le L’ange
avait été dépêché auprès de Daniel afin de lui faire comprendre la portion
de la vision restée inintelligible au prophète : celle relative à la période
prophétique (chap. 8 : 14,) : “ Deux mille trois cents soirs et matins ; puis
le sanctuaire sera purifié. ” Aussi, après avoir dit à Daniel : “ Sois
attentif à la parole, et comprends la vision ”, les premiers mots de l’ange
furent : “ Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur
ta ville sainte. ” Le verbe traduit ici par “ déterminées ” signifie
littéralement “ retranchées ”. Or, soixante-dix semaines représentent
quatre cent quatre-vingt-dix années. L’ange déclare donc que Cette période
été “ retranchée ” et mise à part pour le peuple juif. Mais
“ retranchée ” de quoi ? La période des deux mille trois cents soirs et
matins étant seule mentionnée dans la vision, les soixante-dix semaines ne
peuvent être “ retranchées ” que de celle-là ; il s’ensuit que cette période
de soixante-dix semaines fait partie des deux mille trois cents jours, et que
les deux périodes ont le même point de départ. Or, l’ange annonce que les
soixante-dix semaines commenceront avec a la parole ordonnant de rétablir et de
rebâtir Jérusalem ”. Un seul point restait obscur. S’il était possible de
déterminer la date de ce décret, se disait Miller, nous aurions donc trouvé
le point de départ des deux mille trois cents soirs et matins. Or,
ce décret et cette date se lisent au septième chapitre d’Esdras, versets 12
à 26. Le décret fut promulgué par Artaxerxès, roi de Perse, en 457 avant
notre ère. On lit également dans le même livre (6 : 14) que la maison de
1’Eternel se construisit “ d’après l’ordre du Dieu d’Israël, et
d’après l’ordre de Cyrus, de Darius, et d’Artaxerxès ” . En rédigeant,
en confirmant et en complétant le décret, ces trois rois l’amenèrent à la
perfection, requise par la prophétie pour lui permettre de marquer le
commencement des deux mille trois cents ans. En prenant l’année 457 comme
date de la promulgation du décret en question, on constata que tout ce qui
devait marquer les soixante-dix semaines s’était réalisé. Le texte disait : “
Depuis la sortie d’une parole ordonnant de rebâtir Jérusalem jusqu’à un
Oint, un Chef, il y a sept semaines, et soixante-deux semaines , soit
soixante-neuf semaines prophétiques ou quatre cent quatre-vingt-trois ans.
C’est en l’automne de l’année 457 que le décret Le
texte de Daniel continue : “ Il fera une alliance ferme avec un grand nombre
pendant une semaine. ” La “ semaine ” ici mentionnée est la dernière des
soixante-dix ; elle constitue les sept dernières années de la période accordée
aux Juifs. Pendant ce temps, soit de l’an 27 à l’an 34 de notre ère, Jésus,
personnellement, puis par ses disciples, “
N’allez pas vers les païens, et n’entrez pas dans les villes des
Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de. La maison d’Israël.
” (Luc 4 : 18 ; Marc 1 : 14, 15 ; Mathieu 10 : 5, 6.) “
Et au milieu de la semaine, dit encore la prophétie, il fera cesser le
sacrifice et l’oblation. ” En
l’an 31, trois années et demie après son baptême, Jésus fut crucifié. La
tragédie du Calvaire mettait fin au système des sacrifices qui, durant quatre
mille ans, avaient attiré l’attention sur l’agneau de Dieu. Le type avait
trouvé son antitype. A partir des ce moment, tous les sacrifices et toutes les
oblations du système mosaïque devaient cesser. Les
soixante-dix semaines, ou quatre cent quatre-vingt-dix ans, assignées aux Juifs
ayant expiré en l’an 34 de notre ère, on constata qu’à ce moment précis,
par la décision du sanhédrin, par le martyre d’Etienne et la persécution
des chrétiens, la nation juive avait officiellement rejeté 1’Evangile. Dès
lors, le message du salut cessa d’être confiné aux Israélites et fut porté
aux nations. Chassés par la persécution, les disciples “ allaient de lieu,
en lieu, annonçant la bonne nouvelle de la Parole ” . Philippe, étant
descendu en Samarie, “ y prêcha le Christ ”. Conduit par l’Esprit de
Dieu, Pierre présenta 1’Evangile au centenier de Césarée, le pieux
Corneille ; et l’ardent Paul, gagné à la foi chrétienne, fut Ainsi,
tous les détails de la prophétie s’étaient remarquablement accomplis, établissant
d’une façon incontestable que les soixante-dix semaines commençaient en 457
avant J.-C., et aboutissaient en 34 de notre ère. Désormais il était facile
de trouver la date de l’expiration des deux mille trois cents jours. Les
quatre cent quatre-vingt-dix jours qui constituent les soixante-dix semaines étant
retranchés des deux mille trois cents, il restait mille huit cent dix jours.
Or, en les faisant partir de l’année 34, ces mille huit cent dix années
aboutissaient en 1844. Il s’ensuivait que les deux mille trois cents jours
(années) de Daniel 8 : 14 se terminaient en 1844. Et, à l’expiration de
cette grande période prophétique selon le témoignage de l’ange, “ le
sanctuaire devait être purifié ”. Ainsi, l’année de la purification du
sanctuaire — que la plupart, des exégètes confondaient avec le retour du
Seigneur — était définitivement établie. Miller
et ses collaborateurs crurent d’abord que les deux mille trois cents jours se
termineraient au printemps de l’année 1844, alors que, la prophétie
indiquait l’automne En
entreprenant l’étude des Ecritures pour établir qu’elles étaient une révélation
divine, Miller ne pensait pas aboutir à de pareilles conclusions. Il eut même
de la peine à croire au résultat de ses recherches. Mais le témoignage des
Ecritures était trop clair, trop évident pour être rejeté. Il
se consacrait à l’étude de la Bible depuis deux ans quand il arriva, en
1818, à la conclusion solennelle que, dans le délai de vingt-cinq ans, le
Christ reviendrait pour la “ Sous la solennelle
impression que les événements prédits par les Ecritures devaient se produire
dans un laps de temps aussi court, je me demandai, non sans effroi, quels devoirs
envers le monde m’imposaient les lumières, qui subjuguaient ma pensée. ”
Miller ne put
se défendre de la conviction que son devoir était d’en faire part à
d’autres. Il s’attendait à rencontrer de l’opposition de la part des
impies ; mais il était certain que tous les chrétiens se réjouiraient à la
pensée de contempler bientôt le Sauveur qu’ ils professaient aimer. Il
craignait seulement que la perspective de la délivrance prochaine ne parût
trop glorieuse et que plusieurs chrétiens ne se donnassent pas la peine de
sonder les Ecritures pour y asseoir leur foi. Il hésita donc à en parler. De
peur d’être dans l’erreur et. d’y entraîner ses semblables, il jugea
prudent de revoir les preuves sur lesquelles il avait étayé ses conclusions et
de peser à nouveau toutes les objections qui pourraient se présenter à son
esprit. A la lumière de la Parole de Dieu, il vit ces objections se dissiper
comme la brume matinale devant les rayons du soleil. Cinq années d’études le
laissèrent absolument convaincu de l’exactitude de ses conclusions. Et
de nouveau, le devoir de faire connaître à d’autres ce qui lui paraissait
clairement enseigné par la Bible se présenta vivement devant lui. “
Quand je vaquais à mes occupations, écrit-il, j’entendais une voix me répéter
sans cesse : “ Avertis le monde du danger qu’il court.” Ce passage me
revenait constamment (Ezéchiel
33 : 8, 9.) Et je me disais que, si
les méchants étaient sérieusement avertis, des foules d’entre eux se
repentiraient ; et que, s’ils n’étaient pas avertis, leur sang me serait
redemandé. ” ( Bliss, ouv. cité, p.92.) Miller
commença alors, selon que l’occasion lui en était offerte, à présenter ses
vues en particulier, tout en demandant à Dieu d’en convaincre un pasteur qui
pourrait consacrer sa vie à les diffuser. Mais il ne parvenait pas à se dérober
à la conviction de son devoir personnel. Ces paroles étaient toujours présentes
à son esprit : “ Va en parler au monde ; sinon je te redemanderai son sang.
” Après avoir porté ce poids sur la conscience durant neuf ans, il se décida
enfin, en 1831, à exprimer pour la première fois publiquement les raisons de
sa foi. De
même qu’Elisée avait abandonné sa charrue pour revêtir le manteau du prophète,
de même William Miller, appelé à quitter sa ferme, s’en alla, en tremblant,
révéler au monde les mystères du royaume de Dieu. Il exposait à ses
auditeurs, en détail, le lent accomplissement
des chaînes prophétiques jusqu’à l’époque de l’avènement de Jésus-Christ.
A chaque nouvelle tentative, ses forces et son courage augmentaient à la vue du
vif intérêt suscité par ses paroles. Ce
n’avait été qu’à la sollicitation de ses frères, dont l’appel lui
parut être la voix de Dieu, qu’il avait consenti à exposer publiquement ses
convictions. Il avait alors cin-quante ans. N’ayant jamais parlé en public,
il se sentait comme écrasé par le sentiment de son incapacité. Mais, dès le
début, son activité fut bénie et contribua au salut des âmes. Sa première
conférence fut suivie d’un réveil au cours duquel treize familles, à Dans
chaque localité, ou à peu près, les convertis se comptaient par vingtaines,
parfois par centaines. En bien des endroits, les églises protestantes de toutes
tendances lui Plusieurs
de ceux qui n’acceptaient pas les théories de Miller touchant le temps exact
du retour du Seigneur n’en avaient pas moins la conviction qu’il était
proche et qu’il fallait s’y préparer. Dans quelques grandes villes, ses
travaux firent une impression remarquable. Des cabaretiers abandonnèrent leur
trafic et transformèrent leur débit en En
1833, l’église baptistè, dont Miller était membre, lui donna une licence de
prédicateur. En outre, un grand nombre de pasteurs de son Eglise approuvant ses
travaux, c’est avec leur sanction explicite qu’il les poursuivit, tout en se
bornant aux territoires de la Nouvelle-Angleterre et des Etats du centre.
Pendant plusieurs années, il paya lui-même Le
dernier des signes précurseurs du retour du Sauveur eut lieu en 1833, deux ans
après que Miller eut commencé ses prédications. Jésus avait dit : “ Les étoiles
tomberont du ciel. ” ( Mathieu 24 : 29.)
Et saint Jean, considérant les scènes annonciatrices du jour de Dieu,
s’était écrié : “ Et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme
lorsqu’un figuier Cette
prophétie fut accomplie d’une façon frappante par la pluie de météorites
du 13 novembre 1833. C’est le plus merveilleux spectacle d’étoiles filantes
dont l’histoire “
La plume est impuissante à décrire la splendeur de ce spectacle. … Celui qui
ne l’a pas vu ne peut s’en faire la moindre idée. Il semblait que toutes
les étoiles du ciel se fussent donné rendez-vous vers un point voisin du zénith,
d’où elles s’élançaient avec la rapidité de l’éclair dans toutes les
directions de l’horizon ; et pourtant, la provision ne s’en épuisait
point ; à des milliers de météores en succédaiént d’autres milliers,
comme s’ils eussent été créés pour l’occasion. ” (F. Read, dans le Christian
Advocate and Journal, 13 dec. 1833.) “
Impossible de mieux représenter ce phénomène que par l’image d’un
figuier qui, sous l’action d’un vent puissant, jette au loin sesfigues
encore vertes. ” (Portland evening Advertiser, 26 nov. 1833.) Le
journal of Commerce, de New York, du 14 novembre, consacrait à l’événement un long
article dont nous extrayons ce qui suit : “ Je ne crois pas que jamais
philosophe, Ainsi
s’accomplit le dernier signe avant-coureur du retour du Seigneur, au sujet
duquel Jésus avait dit à ses disciples :
“ Quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l’homme
est proche, à la porte.” (Matthieu 24 : 33.)
Après ces signes, l’exilé de Patmos vit le ciel se replier “ comme
un livre qu’on roule ” , tandis que la terre tremblait, Un
grand nombre de ceux qui assistèrent à cette chute d’étoiles la considérèrent
comme un signe annonciateur du jugement à venir, comme “ un symbole solennel,
un précurseur certain, un signe miséricordieux du jour grand et redoutable
”. L’attention des populations fut ainsi attirée sur l’accomplissement
des prophéties, et beaucoup de per-sonnes en vinrent à prêter l’oreille aux
prédications relatives à la seconde venue du Seigneur. En
1840, un autre accomplissement des prophéties provoqua le plus vif intérêt.
Deux ans auparavant, Josiah Litch, l’un des principaux hérauts du retour du
Christ, avait publié une explication du neuvième chapitre de l’Apocalypse où
est prédite la chute de l’empire ottoman. Selon ses calculs, cette puissance
devait être renversée en août 1840. Quelques jours avant cette date, il écrivait
encore : “ En admettant que la première période, celle de cent cinquante
ans, se soit accomplie exactement avant l’accession au trône de Dragasès
muni de l’autorisation des Turcs, et que les trois cent quatre-vingt-onze ans
et quinze jours aient commencé à la fin de cette première période, elle
finirait le II août 1840, date à laquelle on peut s’attendre à la chute de
l’empire ottoman à Constantinople. Or, je crois que ce sera réellement le
cas. ” ( Josiah Litch, dans les Signs
of the Tintes and Expositor of Prophecy, ler août 1840. Le neuvième
chapitre de l’Apocalypse donne à la cinquième trompette une durée de cinq
mois ou 150 jours, et à la sixième, une durée de 391 jours et une demi-heure.
Ces deux périodes — selon la régie d’un jour pour un an — représentent respectivement 150 ans et 391 ans et 15 jours.) A
l’époque spécifiée, la Turquie, par ses ambassadeurs, acceptait la
protection des puissances européennes, et se plaçait ainsi sous la tutelle des
nations chrétiennes. Aux
remarquables facultés intellectuelles de William Miller; facultés fortifiées
par la méditation et l’étude, s’ajoutait la sagesse d’en haut, à
laquelle il puisait constamment. Mais
ce ne fut pas sans une violente opposition qu’il poursuivit sa tâche. Comme
tous les ,réformateurs religieux, il vit les vérités qu’il annonçait
repoussées par les ministres populaires. Faute de pouvoir soutenir leurs
positions par les Ecritures, ils en appelaient aux doctrines des hommes et à la
tradition des Pères. Alors que les prédicateurs du retour du Christ ne
reconnaissaient comme seule autorité que “ 1’Ecriture et 1’Ecriture seule
”, ils avaient recours au ridicule et à la moquerie, prodiguant leur temps,
leur argent et leur énergie pour décrier des gens dont le seul crime était
d’attendre avec joie le retour du Sauveur, de s’efforcer de vivre saintement
et d’exhorter leur entourage à se préparer De
grands efforts étaient tentés pour détourner l’attention du public de la
question de l’avènement du Seigneur. On faisait passer pour un péché, pour
une action répréhensible le fait d’étudier les prophéties relatives à la
fin du monde, ne craignant pas de saper ainsi la foi en la Parole de Dieu.
L’enseignement des prédicateurs populaires faisait des incrédules, et
beaucoup de gens en prenaient occasion pour marcher selon leurs convoitises
charnelles, résultat que les auteurs du mal mettaient sur le compte des
adventistes. ” (Du latin adventus, arrivée.) Bien
que Miller attirât des foules d’auditeurs intelligents et attentifs, son nom
était rarement mentionné par la presse religieuse, sauf pour le tourner en dérision
et Le
ridicule, le dédain et le mensonge, qu’on accumulait sur la tête de Miller
provoquèrent parfois des protestations indignées de la part de la presse
quotidienne. “ Traiter avec légèreté et en termes irrévérencieux un sujet
d’une telle majesté et aux conséquences incalculables ” , disaient des
mondains, “ ce n’est pas seulement bafouer les sentiments de ses
propagateurs, c’est tourner en dérision le jour du jugement, se moquer de la
Divinité elle-même et anéantir les terreurs de son tribunal. ” (Bliss, ouv.
cité, p. 183) L’instigateur
de tout mal ne s’efforçait pas seulement de neutraliser l’effet du message
adventiste, mais de détruire le messager lui-même. Miller appliquait le
tranchant de En
dépit de toute opposition, l’intérêt éveillé par le message du retour du
Christ allait croissant. Les auditeurs ne se comptèrent plus par vingtaines ou
par centaines, mais par milliers. Après les réunions, les églises avaient
enregistré un grand nombre de nouveaux membres ; mais ces néophytes ne tardèrent
pas à être eux-mêmes en butte à l’opposition. Les
églises commencèrent à prendre à leur égard des mesures disciplinaires.
Miller adressa alors une lettre ouverte aux chrétiens de toutes les
confessions, les mettant en demeure, si ses enseignements étaient erronés, de
le lui prouver par les Ecritures. “
Que croyons-nous, disait-il, que nous n’ayons pas tiré directement de la
Parole de Dieu que vous reconnaissez vous-mêmes comme unique règle de foi et
de vie ? Que faisons-nous qui mérite une si violente condamnation de la part
des Eglises et de la presse, et qui
vous autorise à nous exclure de votre communion ? … Si nous sommes sur une
mauvaise voie, je vous supplie de nous dire en quoi nous avons tort.
Montrez-nous par la Parole de Dieu quelle est notre erreur. Vous nous avez assez
abreuvés de ridicule ; jamais cela ne nous convaincra que nous faisons fausse
route ; seule la Parole de Dieu pourra changer notre manière de voir, car
c’est avec calme et avec prière, en nous basant sur les saintes Ecritures,
que nous sommes parvenus à nos conclusions. ” (Bliss, ouv. cité,
p.250,252.) De
siècle en siècle, les avertissements du Seigneur ont tous eu le même sort.
Lorsque Dieu eut résolu de faire venir le déluge sur l’ancien monde, il en
avertit les habitants Ces
moqueurs prenaient à témoin la nature : la succession invariable des saisons,
la voûte azurée qui n’avait jamais laissé tomber une goutte de pluie, les
prairies verdoyantes fertilisées par les douces rosées de la nuit. Et après
avoir déclaré avec mépris que le prédicateur de la justice n’était
qu‘un exalté, ils allaient leur chemin, plus que jamais absorbés dans la
recherche des plaisirs et décidés à marcher dans la voie du mal. Mais leur
incrédulité n’empêcha pas l’événement prédit d’arriver. Dieu avait
longtemps supporté leur méchanceté ; il leur avait donné suffisamment de
temps pour se repentir. Aussi, au temps fixé, ses jugements s’abattirent-ils
sur les contempteurs de sa miséricorde. Jésus
déclare que le monde fera, preuve d’une incrédulité analogue au sujet de
son retour. Comme les contemporains de Noé “ ne se doutèrent de rien,
jusqu’à ce que le déluge vînt et les emportât tous, il en sera de même à
l’avènement du Fils de l’homme ” . (Matthieu 24 : 39.) Ceux qui se disent
le peuple de Dieu s’uniront au monde, vivront de sa vie, participeront avec
lui aux plaisirs défendus, au luxe et à l’apparat ; les cloches nuptiales
tinteront gaiement, et le monde entier comptera sur des années de prospérité.
Alors, aussi soudainement que l’éclair
déchire la nue, viendra la fin de leurs visions enchanteresses et de leurs
fallacieuses espérances. De
même que Dieu avait envoyé le serviteur de son choix pour avertir le monde de
l’approche du déluge, il envoya ses messagers pour faire connaître
l’approche du jugement. Et les moqueurs, qui n’avaient pas fait défaut
parmi les contemporains de Noé, ne manquèrent pas non plus aux jours de
Miller, même parmi ceux qui prétendaient être le peuple de Dieu. Mais
pourquoi les Eglises montrèrent-elles une telle aversion pour la doctrine et la
prédication du retour du Christ ? Cet événement, cause de désolation et de
malheur pour les méchants, est pour les justes une source d’espérance et de
joie. Cette grande vérité a, de tout temps, fait la consolation des élus de
Dieu ; pourquoi, comme le Sauveur, était-elle devenue une “ pierre
d’achoppement, un rocher de scandale ” pour ceux qui prétendaient
constituer son Eglise ? Le Seigneur lui-même n’avait-il pas fait à ses
disciples cette promesse : Quand “ je vous aurai préparé une place, je
reviendrai, et je vous prendrai avec moi ”
? (Jean 14 : 3 ) N’était-ce pas
un Sauveur compatissant, celui qui, prévoyant la solitude et la douleur de ses
disciples, avait envoyé des anges pour La
proclamation de la venue de Jésus devrait être aujourd’hui, comme elle le
fut pour les bergers de la plaine de Bethléhem, un “ sujet de grande joie
”. Ceux qui aiment réellement le Sauveur ne peuvent s’empêcher
d’acclamer le message divin annonçant le retour de celui en qui sont concentrées
leurs espérances de vie éternelle ; de celui qui Ceux
qui acceptaient le message du retour du Christ voyaient la nécessité de
s’humilier devant Dieu et de se convertir. Un grand nombre d’entre eux, qui
avaient longtemps hésité entre le Christ et le monde, comprenaient que le
temps était maintenant venu de prendre position. “ Les choses éternelles
devenaient pour eux une réalité vivante. Le ciel s’était rapproché, et ils
se voyaient coupables devant Dieu. ” (Bliss, ouv. cité, p. 146.) Les chrétiens
sentaient naître en eux une vie spirituelle nouvelle. Ils avaient conscience de
la brièveté du temps et de la nécessité d’en avertir promptement leurs
semblables. L’éternité semblait s’ouvrir devant eux et leurs préoccupations
terrestres s’estompaient. Ce qui se rapportait à leur bonheur ou à leur
malheur éternel éclipsait à leurs yeux les choses temporelles. L’Esprit
d’en haut reposant sur eux donnait une puissance particulière aux appels
qu’ils dressaient à leurs frères et aux pécheurs pour les engager à se préparer
en vue du jour de Dieu. Le témoignage silencieux de leur vie quotidienne était
une censure constante à l’adresse des chrétiens formalistes. Ces derniers,
ne désirant pas être troublés dans la poursuite des plaisirs, des richesses
et des honneurs mondains, s’opposaient à la foi ,adventiste et à ceux qui la
proclamaient. Les
arguments tirés des périodes prophétiques étant irréfutables, les
contradicteurs en déconseillaient l’étude sous prétexte que les prophéties
étaient scellées. Les protestants Pasteurs
et fidèles alléguaient que les livres de Danièl et de l’Apocalypse étaient
mystérieux et impénétrables. Ils oubliaient que Jésus, invitant ses
disciples à étudier le livre de
Daniel pour s’instruire des événements relatifs à leur temps, leur
adressait cette exhortation : “ Que celui qui lit fasse attention ! ”
(Matthieu 24 : 15.) Quant à l’affirmation que l’Apocalypse est un mystère
insondable, elle est contredite par le titre “
Révélation ” est la traduction du mot “ Apocalypse ”. “
Heureux celui qui lit ! ” dit le
prophète. Cette bénédiction n’est donc pas pour les personnes qui se
refusent à lire. Il ajoute : “ Et ceux qui entendent ” . Elle n’est pas
non plus pour les personnes qui ne veulent pas entendre parler des prophéties.
Le prophète dit encore : “ Et qui gardent les choses qui y sont écrites ”
. Or, aucun de ceux qui ne veulent pas prendre garde aux avertissements et aux
exhortations de l’Apocalypse ne peut se réclamer de la bénédiction promise.
Tous ceux qui tournent ces sujets en dérision et se moquent des symboles inspirés
des livres prophétiques ; tous ceux qui refusent de changer de vie et de se préparer
pour la venue du Fils de l’homme, renoncent au bonheur attaché à ces études. En
présence des affirmations qui précèdent, comment des hommes osent-ils prétendre
que l’Apocalypse est un mystère au-dessus de la portée de l’intelligence
humaine ? C’est un mystère, oui, mais un mystère dévoilé ; c’est un
livre ouvert. L’étude de l’Apocalypse attire l’attention sur les prophéties
de Daniel. Dans ces deux livres, Dieu donne à ses enfants des renseignements très
importants touchant les événements qui doivent se produire à la fin de
l’histoire du monde. L’Apocalypse
de saint Jean est la révélation de scènes d’un intérêt palpitant pour
1’Eglise. Dans ce livre, l’apôtre décrit les dangers, les luttes et la délivrance
finale du peuple de Dieu. Il y enregistre les messages ultimes qui doivent mûrir
la moisson de la terre. Il y contemple tour à tour les fidèles, gerbes destinées
aux greniers célestes, et les ennemis de Jésus-Christ, javelles réservées
,au feu de la destruction. Des révélations d’une grande importance
concernant tout spécialement 1’Eglise de la fin lui ont été confiées, afin
que ceux qui se détourneraient de l’erreur pour accepter la vérité fussent
mis en garde contre les périls et les conflits qui les attendent. Nul n’en
est réduit à ignorer ce qui doit arriver sur la terre. Pourquoi
cette partie importante des Ecrits sacrés est-elle si peu connue ? D’où
vient cette répugnance générale à entreprendre l’étude de ses
enseignements ? C’est le fruit
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