Appendice
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(a1) LES TITRES DE L’
EVEQUE DE ROME. – " Le pape est désigné par un assez grand nombre de dénominations.
Autrefois, lorsqu’on s’adressait à lui, on l’appelait : Beatitudo
Vestra, Magnitudo Vestra, Excellentia Vestra, Majestas Vestra. Parmi les
titres les plus usités, on compte : Pontifex Maximus, Surnus Pontifex
qui furent donnés jadis à des evêques et à des archevêques, Sanctitas et
Sanctissime Pater (Sa Sainteté, Très Saint Père). Quant au titre de Vicaire
de Jésus-Christ, il fut donné à l’évêque de Rome, puis à des évêques
et à des rois, et ne fut appliqué exclusivement au pape que vers le XIIIe siécle.
Enfin la célèbre formule : le Serviteur des Serviteurs de Dieu (Servus
servorum Dei) se rencontre pour la première fois dans une lettre de saint
Augustin. Grégoire Ier l’adopta parmi ses titres ; toutefois elle ne devint
d’une application générale qu’à partir d’innocent III, et, vers le
milieu du XVe siècle, elle fut exclusivement réservée pour les bulles. "
(P. Larousse, Dictionnaire Universel, art. " Papauté " , vol.
XII, p. 137.)
" Depuis Innocent III les papes, non contents de se faire appeler
successeurs ou vicaires de saint Pierre, ou comme Gregoire VII de s’identifier
avec cet apôtre, prennent le titre de „vicaires de Christ" ou
„vicaires de Dieu" . „Ce que fait le pape dans l’Eglise, dit
Innocent, ce n’est pas un homme qui le fait, mais Dieu lui-même par son
vicaire" et cela, disent ses commentateurs, en vertu d’un coeleste
arbitrium par lequel il peut changer la nature des choses, intervertir le
droit, sans avoir à alléguer d’autre raison que sa volonté. ,,Personne, dit
le moine Augustin Triumphus, ne peut en appeler du pape à Dieu, attendu que sa
sentence est celle de Dieu même (unum consisttirium et ipsius papae et
ipsius Dei). Aussi bien que le Christ, il est l’époux de 1’Eglise ; il
juge tout le monde et ne peut être jugé par personne." Enfin le canoniste
Zizelin ne craint pas de l’appeler Dominum Deum nostrum papam, et le poète
normand Geoffroy de Visinaut de déclarer que Dieu, en créant le monde, en a
divisé le gouvernement en deux parts, le ciel pour lui, la terre pour Innocent
III. " (Histoire du Christianisme depuis son origine jusqu’à
nos jours, par Etienne Chastel, tome III, p. 188, 189, Paris, Fischbacher,
1385.)
(a2) LE CULTE DES IMAGES.
– " Le culte des premières communautés Chrétiennes, dérivant immédiatement
quant à ses formes de celui des synagogues, était naturellement sans images.
Les chrétiens des premiers siècles raillaient volontiers les païens de la venération
superstitieuse qu’ils manifestaient pour les représentations visibles de
leurs dieux. C’est un des thèmes favoris des apologistes. Les défenseurs de
la vieille religion en appelaient exactement à la même distinction que les
catholiques d’aujourd’hui entre l’image elle-même et celui dont elle évoquait
la pensée sans parvenir, plus qu’eux, à détruire l’objection tirée de la
pratique (Lactance, Instit. div., II, 2). …
" Cependant, à partir du cinquiéme siècle et de l’entrée en masse
des païens dans l’Eglise, cette première sévérité se relâcha
graduellement. Bientôt les saintes images furent l’objet d’une vénération
ration qui dégénéra vite en idolâtrie. Quelques évêques s’efforcèrent
de réprimer cet abus. …
" Mais le siège romain fut toujours enclin à favoriser plutôt ce
genre de dévotion qu’à le restreindre, bien que Grégoire le Grand maintînt
encore avec fermeté l’interdiction de toute adoration proprement dite des
images faites par les hommes. Cela ne put empêcher la multitude de se laisser
entraîner sur cette pente glissante. … L’Orient fut le théâtre de la
première tentative de réforme. … Ceux qui voulurent la réaliser cherchèrent
à laver 1’Eglise chrétienne du reproche peut-être le plus apparent que lui
faisaient les musulmans en l’accusant d’idolâtrie. …
" En 754 Constantin Copronyme [empereur d’Orient] convoqua un concile
œcuménique à Constantinople. Aucun des patriarches n’y assista, mais 338 évêques
réunis dans cette ville déclarèrent que Satan seul avait pu réintroduire le
culte des (images et des) créatures. … Le culte des images était contraire,
ajoutaient-ils, à la sainte Ecriture (Jean 4 : 24 ; 1 : 18 ; 20 : 29 ; Deutéronome
5 : 8, 9 ; Romains 1 : 23 ; 2 Corinthiens 5 : 17 ; Romains 10 : 17) et condamné
par les Pères. Les partisans de l’opinion opposé furent anathématisés, et
tout le clergé dut souscrire le décret. … LE PAPE ETIENNE III REPOUSSA LE
DECRET DE 754, et, en 769, son successeur ETIENNE IV FIT CONDAMNER LES
ADVERSAIRES DES IMAGES PAR UN CONCILE DE LATRAN. … En 787 (DEUXIEME CONCILE DE
NICEE), LE DECRET DE 754 FUT CONMAMNE, et il fut décreté que l’on devait aux
images la salutation et la vénération honorifiques en les distinguant de
l’adoration formelle, qui ne convenait qu’à Dieu. " La querelle de
l’Orient eut son contrecoup en Occident. … Le concile de Francfort (794),
malgré la présence du légat, repoussa à l’unanimité les décrets élaborés
à Nicée et anathématisa quiconque rendrait aux images servitium aut
adorationem [service ou adoration]. Tant que Charlemagne vécut,
l’opposition à tout culte rendu aux images se maintint dans l’empire franc
et dans l’île de Bretagne, sans que la cour de Rome osât protester autrement
que par des remontrances assez molles. …
" Mais ces efforts individuels ou locaux ne purent empêcher
l’invasion graduelle du culte des images, toujours encouragé à Rome. Peu à
peu se consolidèrent les superstitions grossières dont il est la source
fatale. " (F. Lichtenberger, Encyclopédie des Sciences religieuses,
Paris, Fischbacher, 1879, tome VI, p. 486-490, art. Images [Querelle des], par
A. Réville.)
Voir Baronius, Annales Ecclésiastiques, vol. IX, p. 391-407 (édit.
d’Anvers, 1612) ; abbé Fleury, Histoire Ecclésiastique, vol. IX,
Bruxelles, 1721 ; C.-J. Hefele, Histoire des Conciles, 7 vol.
1855-1874, 2e édition, 1873 ss.)
(a3) EDIT DE CONSTANTIN SUR
LE DIMANCHE. – Voici la teneur de cette loi promulguée en date du 7 mars 321
: " Que tous les juges, les citadins et les artisans se reposent au jour vénérable
du soleil. Mais que ceux qui habitent la campagne s’adonnent paisiblement et
en toute liberté à la culture de leurs champs, attendu que souvent aucun autre
jour n’est aussi propice pour faire les semailles ou planter les vignes ; il
ne faut donc pas laisser passer le temps favorable, et frustrer ainsi, les
intentions bienveillantes du ciel. " (Code Justinien, L. III, titre
12, loi 3. Citée en latin dans le Jour du Seigneur, par Louis Thomas,
doct. en théol., vol. II, Append. III, p. 21. Genève et Paris, 1893.)
Voir Encyclopédie des Sciences religieuses, tome III, p. 751, art.
" Dimanche " ; Abbé Bergier, Dictionnaire de théologie, tome
II, p. 566, art. " Dimanche " ; Mosheim, Histoire ecclésiastique,
IVe siècle, par. II, sect 5.
(a4) DATES PROPHETIQUES. -
Voir la page 355 et plus loin la note relative à cette page.
(a5) LES FAUSSES DECRETALES.
– Au nombre des principales falsifications historiques destinées à établir
la puissance papale, il faut nommer la Donation de Constantin et les Décrétales
pseudo-isidoriennes. Dans un ouyrage intitulé : Le Pouvoir du pape sur les
souverains du Moyen Age (Paris, 1839), l’auteur, M.*** (Gosselin),
directeur du Séminaire de St. Sulpice, dit de la première : " … On a
supposé que le pouvoir temporel du pape sur plusieurs états de l’Europe était
fondé sur la Donation de Constantin, c’est-a-dire sur un acte solennel
par lequel ce prince avait donné pour toujours au Saint-Siège, la ville de
Rome, avec l’ltalie et toutes les provinces de l’empire en Occident.
Nous croyons inutile de nous arrêter ici à l’examen de cette prétendue
donation, généralement regardée comme apocryphe par les critiques modernes,
depuis la Renaissance des lettres. "
En ce qui concerne les secondes, l’abbé Fleury, dans son Histoire ecclésiastique
(tome IX, liv. 45, par. 22, p. 445, 446, Bruxelles 1721), dit ce qui suit :
" La collection où elles se trouvent porte le nom d’Isidore Mercator,
qui paraît avoir été espagnol. … Il ne dit point où il les a trouvées.
Elles étaient inconnues à Denys-le-Petit qui recueillit deux cents ans
auparavant les Décrétales des papes. … D’ailleurs elles portent des caractères
visibles de fausseté. Toutes sont d’un même style qui convient beaucoup
mieux au VIIIe siècle qu’aux trois premiers : longues et remplies de lieux
communs et, comme on l’a découvert en les examinant curieusement, remplies de
divers passages de saint Léon, de saint Grégoire et d’autres auteurs postérieurs
aux papes dont elles portent le nom. Leurs dates sont presque toutes fausses.
… Cependant son artifice, tout grossier qu’il etait, en imposa à toute
1’Eglise latine. Ses fausses Décrétales ont passé pour vraies pendant huit
cents ans ; et à peine ont-elles été abandonnées dans le dernier siècle. Il
est vrai qu’il n’y a plus aujourd’hui d’homme médiocrement instruit en
ces matières, qui n’en reconnaisse la fausseté. "
Voir Mosheim, Histoire ecclésiastique, liv. III, siècle 9, 2e
partie, chap. 2, sect 81.
" La fausseté des Décrétales attribuees aux premiers papes " ,
dit Du Pin, docteur de Sorbonne (Nouv. Bibl., des auteurs ecclés., p.
215, Utrecht, 1731) " est présentement si connue qu’il ne serait pas nécessaire
d’en rien dire " . (Cité par Gaussen, Le Canon des Ecritures,
vol. II, p. 169.)
Parlant " de tant de pièces apocryphes ou falsifiées " le
Dictionnaire de Théologie catholique dit : " Si au XIXe siècle encore, le
faussaire trouva des défenseurs dans Dumont et l’abbé Darras, l’unanimité
des savants, sans aucune distinction de patrie
ou de religion, proteste contre le malheureux succès de cette déplorable
fourberie. " (Art. " Les fausses Décrétales " , colonnes 214 et
221. Letouzey et Ané, édit., Paris.)
(a6) LES DICTATUS DU PAPE
GREGOIRE VII. – " Ainsi rien ne manquait a la suprématie spirituelle des
pontifes romains en Occident. Pouvoir administratif universel par le moyen
des légats, pouvoirs constitutif, judiciaire, législatif suprêmes, tous
leur étaient dévolus. Nous les trouvons déja, sinon proclamés ex professo
dans ce qu’on appelle les Dictatus Gregorii VII, dont l’authenticité
est contestée, du moins occasionnellement revendiqués
dans les lettres de Grégoire VII et dans les différents actes de son
pontificat. (Etienne Chastel, Histoire du Christianisme, tome III, p.
188.)
(a7) LE PURGATOIRE. – Voir
le Dictionnaire théologique de l’abbé Vigouroux, art. Purgatoire,
et le même article dans le Dictionnaire de théologie de l’abbé Bergier,
Toulouse, 1823. Il n’était pas rare, autrefois, en entrant dans une église
catholique, d’y voir suspendu, au-dessus d’un tronc " en faveur des âmes
du Purgatoire " , un tableau terrifiant des malheureux qui s’y tordent
dans les flammes.
(a8) INDULGENCES. – Voir
l’avant-dernière note du chapitre 7.
(a9) LA MESSE. – Sur la
doctrine de la messe, voir l’ouvrage du cardinal Wiseman : The Real
Presence of the Body and Blood of Our Lord Jesus Christ in the Blessed Eucharist
; Catholic Encyclopaedia, art. l Eucharist, par J. Pohle, S. T. D.,
Breslau ; Canons and Decrees of the Council of Trent, sess. 13, chap. 1-8
(London ed. tr. by T. A. Burkley, p. 70-79) ; K. R. Hagen-bath, Compendium of
the History of Doctrines, vol. 1, p. 214-223, 393-398, et vol. II, p. 88-114
; Institution de la Religion chrétienne, par Jean Calvin (nouv. Éd.,
Genève, 1888), liv. IV, chap. 18, par. 8 ; Abbé Bergier, Dict. de Théol.,
vol. III, p. 247-283 ; Dict. théologique de Vigouroux, art. " Eucharistie
" .
A l’époque de la Réformation, le docteur de Sorbonne Guy Furbity, appelé
à Genève, en 1533, pour y combattre l’Evangile, déclarait : " Un prêtre
qui consacre les éléments de la Cène est au-dessus de la Vierge, car elle
n’a donné la vie à Jésus-Christ qu’une fois, tandis que le prêtre le crée
tous les jours, aussi souvent qu’il le veut. … Ah ! le prêtre ! … il ne
faudrait pas seulement le saluer, il faudrait s’agenouiller, se prosterner
devant lui. "
On retrouve fréquemment ces mêmes affirmations dans des journaux ou des
ouvrages de piété catholiques. Au mois de décembre 1912, on lisait, par
exemple, dans le Messager du Très-Saint Sacrement (de Montréal, Canada) sous
le titre de " le Prêtre " un morceau d’où nous détachons ces deux
vers :
Des hommes revêtus de grâce surhumaine
Parlent, et Dieu soudain se fait obéissant.
(a10) VERSIONS VAUDOISES
DES ECRITURES. — Voir E. Petavel, La Bible enFrance, ch. 2, pr. 3, 4,
8-10, 13, 21, éd. de Paris 1864) ; D. Lortsch, Histoire de la Bible en
France, Paris, 1910, p. 8, 19, 101, 106 ; Encyclopédie des Sciences
religieuses, art. " Vaudois " , vol. XII, p. 1054.
(a11) BULLES CONTRE LES
VAUDOIS. — Une portion considérable du texte de la Bulle papale promulguée
par Innocent III, en 1487, contre les Vaudois (bulle dont l’original se trouve
à la bibliothèque de l’Université de Cambridge) est traduite dans History
of Romanism, de Dowling, liv. VI, ch. 5, sec. 62 (éd. 1871). Voir Jean Léger,
Histoire générale des Eglises vaudoises, et Chastel, Histoire du
Christianisme, vol. III, p. 476-479.
(a12) INDULGENCES. — Voir
l’avant-dernière note du chapitre 7.
(a13) WICLEF. — Le texte
original des bulles papales publiées contre Wiclef, avec traduction anglaise,
se trouve dans J. Foxe, Acts and Monuments, vol. III, p. 4-13
(Pratt-Townsend, ed. London, 1870). Voir aussi J. Lewis, Life of Wiclef, p.
49-51, 305-314 (ed. 1820) ; Lechler, John Wycliffe and his English
Precursors, ch. 5, sec. 2 (p. 162-164, London ed., 1884, tr. by Lorimer) ;
A. Neander, General History of the Christian Church, period 6, sec. 2,
part I, par. 8.
(a14) L’INFAILLIBILITE
PAPALE. — Voir Catholic Encyclopedia, art. " Infaillibility "
par J. Turner, S. T. D. ; P. Larousse, Dictionnaire universel du XIX siècle,
vol. art. " Infaillibilité " ; Encycl. des Sciences rel.,
vol. VI, art. " Infaillibilité " par A. Réville.
(a15) INDULGENCES. — Voir
l’avant-dernière note du chapitre 7.
(a16) LE CONCILE DE
CONSTANCE. — Voir Mosheim, Histoire ecclésiastique, liv. III, XVe siècle,
2e partie, ch. 2, sec. 3 ; L’enfant, Hist. du Concile de Constance
(1714-1727) ; Encycl. des Sciences rel., art. " Constance " ;
Abbe Fleury, Hist. Ecclés., Bruxelles, 1726, vol. XXI ; Neander, History of
the Christian religion and Church, period 6, sec. I (1854 ed., tr. by
Torrey, vol. V, p. 94-101).
(a17) LUTHER SE SEPARE DE
ROME. — Dans ce chapitre et ceux qui suivent sur
l’histoire de la Réforme, les citations non accompagnées de références
sont empruntées au bel ouvrage de Merle d’Aubigné sur la Réformation au
XVIe siécle. Fischbacher, Paris. Ne pas confondre avec l’ouvrage du même
auteur sur la Réformation au temps de Calvin.
(a18) INDULGENCES. —
" Ce moyen de tirer de l’argent commença à être mis en usage vers
l’an 1100 par le pape Urbain II " , dit Sarpi dans son Histoire du
Concile de Trente (vol. I, liv. I, p. 13-18, Oxford, 1771). Voir le vol. II,
p. 745 et 766 sur les débats et décrets du Concile de Trente à cet égard ;
Bergier, Dict. de Théologie, art. " Indulgences " , par W. H.
Kent, O. S. C., de Bayswater, Londres ; Léopold de Ranke, Histoire de
l’Allemagne au temps de la Réforme (1839).
Le texte de l’absolution donnée par Tetzel aux acheteurs d’indulgences
est publié dans l’article : " Indulgences " , au Dictionnaire
universel du XIXe siècle de P. Larousse (vol. IX), où on lit :
" Quand il [Tetzel] parlait de l’application de l’indulgence aux défunts,
il proclamait comme une vérité incontestée que l’état de grâce n’était
pas requis. Cette assertion sans nuances l’amena à s’exprimer comme si la
contribution pécunière était tout et avait une efficacité infaillible.
"
Sobald das Geld im Kasten klinkt !
Die Seele aus dem Fegfeuer springt !
A peine dans le tronc est tombée une obole
Du purgatoire une âme au paradis
s’envole.
(Traduction de M. Christiani)
" Tel aurait été, au dire de Luther, l’adage favori de Tetzel, et
l’attribution parait justifiée pour le sens, sinon pour les termes eux-mêmes.
"
(a19) L’ORDRE DES
JESUITES. — Voir ce mot dans le Dictionnaire universel de P. Larousse,
vol. IX, Paris, 1873. L’article (de Ch. Sauvestre) résume l’histoire de
l’ordre, cite les ouvrages d’auteurs jésuites sur la morale de l’ordre
(probabilisme) et les " Instructions secrètes de la Sociéte de Jésus
" .
Nous donnons ci-dessous une partie de l’article consacré à cet ordre dans
le Dictionnaire d’Histoire ecclésiastique de J. A. Bost (Fischbacher,
Paris, et Beroud, Genève, 1884) :
" JESUITES, ordre fondé en 1534 par Ignace de Loyola, et approuvé en
1540 par Paul III. Il porte aussi le nom de Compagnie ou Société de Jésus.
S’il eut dès l’abord plusieurs objets en vue, les circonstances l’amenèrent
presque aussitôt après sa fondation à entrer en lice avec la Réforme, et il
se jeta dans la mêlée avec une hardiesse qui ne reculait devant rien et avec
un succès qui dépassa même ses espérances. … Les statuts sont calculés
pour faire de chacun l’instrument absolument passif de ses supérieurs. … La
théorie de l’obéissance passive, empêchant le développement de la
conscience individuelle, a été, avec le pélagianisme qui est à la base de
tout le système, la grande inspiratrice de la morale jésuitique … [dont les
préceptes] les uns sévères, à l’usage des personnes qui prennent la
religion au serieux, les autres, d’une indulgence effrayante pour tous les
vices, pour tous les crimes commis ou à commettre. … La morale des jésuites
se caractérise encore par la direction de l’intention : on peut voler,
calomnier, tuer, pourvu qu’en le faisant on éloigne l’intention coupable,
et qu’on s’en tienne à l’ intention permise, par exemple au désir d’être
riche pour pouvoir faire du bien, au désir de sauver son honneur et peut-être
sa vie. Enfin les réservations mentales, autre système ingénieux inventé par
les jésuites, consistent dans le droit d’affirmer une chose fausse, même par
serment, pourvu que dans son for intérieur on en pense une autre qui infirme ou
modifie celle que l’on paraît affirmer.
Les Provinciales de Pascal flagellèrent ces turpitudes et portèrent aux
jésuites un coup fatal et décisif, dont ils ne se sont jamais relevés
moralement. De leur côté, les capucins et les franciscains, jaloux de leurs
succès dans les missions lointaines, dénoncèrent leur méthode
d’accommodation et de supercherie dont ils usaient pour faciliter la
conversion des païens au christianisme. Mais ce qui acheva de les perdre, ce
fut leur conduite politique. …
" La guerre de Trente ans leur livra la Bohême et la Silésie. Bientôt
ils gagnèrent la Belgique et la Pologne, et, y écrasèrent le protestantisme
par la violence. La Suède seule leur ferma résolument ses portes en 1593.
Elisabeth les avait bannis d’Angleterre, ainsi que tous les ordres religieux
en 1585. …
" Nous n’avons rien dit de leur enseignement au point de vue des mœurs
; la question est trop délicate ; on sait seulement que plusieurs de leurs
manuels ont du être supprimés par les gouvernements, et que celui du P. Gury
en particulier renferme des questions et des réponses qui ne peuvent pas être
reproduites, même en latin. Les jesuites ont produit, outre leurs célèbres
casuistes, Mariana, Sanchez, Escobar, des missionnaires zélés, comme Xavier ;
des pédagogues habiles ; des savants, comme Bolland, Sirmond, Porée ; des prédicateurs
éloquents, comme Bourdaloue. Mais, chose curieuse, ils n’ont jamais réussi
dans leurs entreprises politiques, et c’est lorsque leur influence semblait le
mieux assise que leurs projets échouaient contre le réveil des souverains ou
contre le bon sens des peuples. …
" En vain les gouvernements demandèrent au général, le P. Ricci,
quelques changements dans les constitutions de l’ordre ; Ricci répondit fièrement
: Sint ut sunt, aut non sint (qu’ils soient ce qu’ils sont ou
qu’ils ne soient pas). Clément XIII essaya de les défendre dans sa bulle Apostolicum,
en 1765 ; mais après sa mort, le 19 août 1773, Clément XIV publia sa bulle Dominus
ac Redemptor Noster, qui supprimait les jésuites et fermait leurs collèges.
Tous les Etats catholiques s’empressèrent de publier cette bulle. "
Cette défaite, qui venait après douze siècles d’une prospérité
extraordinaire pour la papauté, est appelée dans la prophétie sacrée (Apoc.
13 : 3) une " blessure mortelle " qui devait être " guérie
" . Elle avait duré cent treize ans.
Par un bref pontifical daté du 13 juillet 1886, Léon XIII rétablissait les
jésuites dans tous leurs privilèges. Depuis sa restauration, l’ordre n’a
cessé de grandir tant dans les pays protestants que dans les pays catholiques où
il suit et prépare la fortune et les progrès de l’Eglise catholique.
D’abord, en Allemagne, où la menace du socialisme a obligé le chancelier de
fer à se rapprocher du parti catholique et de la papauté en abrogeant ses
fameuses " lois de mai " issues du Kulturkampf (1873), et en
rappelant par conséquent les ordres monastiques. Les jésuites ne devaient pas
tarder à voir se rouvrir des portes que, du reste, ils n’avaient jamais
franchies. — En Angleterre, l’influence du jésuitisme est visible dans le
mouvement ritualiste et dans de nombreuses conversions au sein de
l’aristocratie. — Aux Etats-Unis, où l’immigration a donne à l’élement
catholique une puissance numérique très grande, l’influence des ordres et
notamment de la " Société de Jésus " a atteint un degré inattendu
qui tend à modifier les principes politiques de la grande République. — Où
l’ordre jouit actuellement du plus grand crédit et de la plus grande
puissance, c’est en Belgique. — En France, malgré toutes les fluctuations
de la politique, les jésuites ont pris des revanches éclatantes en 1873, 1877
et depuis. — La Suisse ne fait pas exception à la règle.
Voir Encycl. des Sciences rel., art. " Jésuites " .
Quesnel, Histoire des religieux de la Compagnie de Jésus, 3 vol.
Utrecht, 1741 ; René de la Chalotais, Compte rendu des Constitutions des Jésuites,
Paris 1762. Michelet et Quinet, Des Jésuites, Paris, 1843. Crétineau-Joly,
Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus,
5 vol., Paris, 1844-1845 ; A. de Saint-Priest, Histoire de la chute des Jésuites
au XVIIIe siècle, Paris, 1846. Guettee, Histoire des Jésuites, 1858-59
; Wolf, Histoire générale des Jésuites, 4 vol., Leipzig, 1863 ; Nippold, L’Ordre
des Jésuites depuis sa restauration jusqu’à l’époque actuelle,
Heidelberg, 1869.
(a20) L’INQUISITION. —
Voir sur ce trop fameux tribunal : Catholic Encyclopaedia, art. "
Inquisition " , par J. Blötzer, Munich ; H. C. Lea, Histoire de
l’Inquisition au Moyen Age, trad. Salomon Reinach, Paris, 1900-1902 ;
Llorente, Histoire critique de l’Inquisition d’Espagne, 4 vol.,
Paris, 1817 ; Hefele, Le Cardinal Ximenès, Tubingue, 1844 ; Encycl. des
Sciences rel., art. " Inquisition " , vol. VI, p. 733-752 ; E.
Vacandard, L’Inquisition, étude historique et critique sur le pouvoir
coercitif de l’Eglise, Paris, Bloud, 1912.
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